6. Organisation par âge
6.1 De 3 mois à 3 ans : sécurité, relation, rythme
Cette tranche ne relève pas de la pré-école. Elle relève d’abord du soin, du langage émergent, de la motricité, de la stabilité et de la sécurité affective.
Les objectifs visés sont l’attachement sécurisé, le sommeil, des repas individualisés, la diversification alimentaire, la motricité libre, l’éveil à la voix, aux chansons et aux comptines, la manipulation, l’attention partagée et les premières interactions sociales.
Les déplacements intersites sont, à cet âge, quasiment exclus.
6.2 De 3 à 6 ans : langage, jeu, corps, imaginaire
Les apprentissages visés portent sur le langage oral, la motricité, la socialisation, le jeu symbolique, la découverte des premières quantités, le dessin, le chant, les histoires, l’attention et l’autonomie quotidienne.
Le danger principal réside dans une scolarisation trop précoce. Il convient de préparer les apprentissages sans transformer la maternelle en cours préparatoire anticipé.
6.3 De 6 à 8 ans : fondations
Les objectifs portent sur la lecture, l’écriture, la numération, le calcul, le langage oral, les habitudes de travail, la motricité, la découverte structurée des arts, du sport et de la musique.
La période est décisive. Les difficultés de lecture, de langage ou de calcul doivent être repérées tôt et traitées sans humiliation.
6.4 De 8 à 11 ans : consolidation et exploration
L’ambition se déplace vers la lecture fluide, l’écriture structurée, le calcul solide, la résolution de problèmes, les sciences, l’histoire et la géographie, l’oral, les projets et un premier parcours d’approfondissement.
À partir de cet âge, l’enfant peut choisir un parcours léger en sport, musique, théâtre, dessin, arts, design, sciences, nature, écriture ou média.
6.5 De 11 à 14 ans : structuration
Les apprentissages couvrent les disciplines, la méthode, l’autonomie, l’oralité, le débat, la culture générale, le sport régulier, un à deux parcours sérieux, le numérique critique et un travail personnel encadré.
Le système doit éviter deux écueils : infantiliser les collégiens, ou les abandonner trop tôt à une autonomie fictive.
6.6 De 14 à 16 ans : orientation ouverte et spécialisation relative
La tranche correspond aux classes de quatrième et de troisième du collège, soit en pratique 13 à 15 ans. La frontière avec la Maison Horizon (6.7) est l’entrée en seconde, indépendamment de l’âge exact.
Les objectifs portent sur la consolidation du socle, l’argumentation, les projets longs, les stages, l’orientation en troisième, le diplôme national du brevet, le sport et la culture approfondis, l’autonomie encadrée et la préparation à la suite du collège.
À la sortie du collège, autour de 15 ou 16 ans, le jeune doit avoir appris, pratiqué, présenté, échoué, recommencé, débattu, coopéré et commencé à comprendre ses propres engagements. La scolarité obligatoire s’arrête à 16 ans. L’engagement RIVE continue jusqu’au baccalauréat dans la Maison Horizon et le Pôle Lycée Bassin.
6.7 Lycée : Maison Horizon et Pôle Lycée Bassin
RIVE accompagne ses jeunes jusqu’à la sortie du secondaire, dans les trois voies du lycée français : générale, technologique et professionnelle. La Maison Horizon prend le relais de la Maison Adolescence à l’entrée en seconde, indépendamment de l’âge biologique du jeune.
6.7.1 Reconnaissance d’une contrainte mathématique
Une RIVE seule, dimensionnée pour 500 à 900 enfants de 3 mois à 18 ans, n’a pas la masse critique nécessaire pour porter à pleine échelle les trois voies du lycée. Sur environ 50 jeunes par classe d’âge, il est impossible d’offrir simultanément les 13 spécialités du baccalauréat général, les 7 filières du baccalauréat technologique, la centaine de spécialités du baccalauréat professionnel et les plateaux techniques correspondants (cuisine pédagogique, atelier mécanique, plateau industriel, plateau santé-social, et d’autres encore).
Tenter une telle couverture à l’échelle d’une RIVE conduirait, au choix, à une offre lycée appauvrie, à des coûts disproportionnés, ou aux deux.
6.7.2 Architecture retenue à deux étages
L’architecture est organisée en deux étages.
La Maison Horizon est installée dans chaque RIVE. Elle assure l’orientation, le tronc commun lycée (humanités, sciences communes, éducation physique et sportive, langues, philosophie), le socle d’étude, le suivi de l’inclusion, la santé, la restauration et les parcours sport et culture intégrés. Elle porte la voie générale courante, avec les spécialités les plus demandées.
Le Pôle Lycée Bassin opère au niveau du bassin (un Pôle pour l’ensemble des RIVEs du maillage). Il porte les spécialités rares de la voie générale (grec ancien, numérique et sciences informatiques de haut niveau, arts plastiques approfondis), l’intégralité de la voie technologique, l’intégralité de la voie professionnelle, les plateaux techniques, les ateliers et les partenariats avec les entreprises locales.
Le lycéen reste rattaché à sa Maison Horizon, qui demeure sa RIVE de référence, pour son suivi institutionnel, sa restauration, sa santé, son inclusion et ses parcours sport et culture. Il se déplace, sur les créneaux pédagogiques concernés, vers le Pôle Lycée Bassin pour les enseignements spécialisés et les plateaux techniques. La mobilité est aménagée par RIVE (ch. 12).
6.7.3 Statut RIVE après 16 ans
Le statut RIVE à cet âge est différent. Il ne porte aucune obligation légale, mais un engagement de continuité institutionnelle. Le jeune peut entrer, sortir, revenir. Il reste connu, suivi et soutenu. Il a accès au tronc commun culturel, sportif, santé et inclusion, à la restauration et à l’étude, dans une autonomie réelle.
6.7.4 Couverture du maximum de spécialités professionnelles par mutualisation à plusieurs échelles
Le baccalauréat professionnel français comprend près de 100 spécialités. Un Pôle Lycée Bassin pris isolément, sur une centaine à 150 lycéens en voie professionnelle, ne peut en porter directement que 3 à 6 (effectifs critiques, plateaux techniques, enseignants spécialisés). L’engagement RIVE de couvrir le maximum de spécialités suppose donc une mutualisation à quatre échelles imbriquées.
La première échelle est celle du Pôle Lycée Bassin lui-même. Il porte 3 à 6 spécialités phares, choisies selon le tissu économique local, avec des plateaux techniques propres et une équipe enseignante dédiée.
La deuxième échelle est celle du réseau inter-bassins RIVE. Elle ouvre 10 à 20 spécialités supplémentaires en organisant une spécialisation différenciée des Pôles : chaque Pôle se spécialise sur des familles de métiers distinctes. Les jeunes peuvent alors circuler entre Pôles par voie conventionnelle. Le transport quotidien est organisé lorsque la distance est inférieure à 30 minutes ; au-delà, une semaine d’internat RIVE est mise en place.
La troisième échelle est celle de l’apprentissage et de l’alternance avec les entreprises locales. Elle couvre 30 à 50 spécialités. Une convention associe RIVE, la branche professionnelle, le centre de formation d’apprentis et les entreprises. L’enseignement théorique reste porté par RIVE, la pratique par l’entreprise.
La quatrième échelle est celle du partenariat avec des lycées de l’Éducation nationale ou des centres de formation d’apprentis hors RIVE. Elle prend en charge 20 à 30 spécialités très spécialisées (lutherie, prothésiste dentaire, métiers d’art, par exemple). L’inscription est portée par l’Éducation nationale ou par l’apprentissage classique, mais l’élève reste rattaché à sa Maison Horizon RIVE pour son suivi institutionnel (santé, inclusion, culture, sport, restauration, étude). RIVE ne le perd pas.
L’engagement est explicite : aucun jeune RIVE en voie professionnelle ne doit se voir refuser une spécialité parce que sa RIVE ou son bassin ne la porte pas. RIVE garantit un chemin d’accès (Pôle local, autre Pôle, alternance, partenariat Éducation nationale), tout en conservant l’ancrage institutionnel et le suivi du jeune.
6.7.5 Spécialisation différenciée des Pôles Lycée Bassin
Lorsque plusieurs bassins coexistent au sein d’une même région, leurs Pôles Lycée Bassin doivent se spécialiser de manière complémentaire plutôt que dupliquer les mêmes spécialités. Cette complémentarité repose sur plusieurs conditions.
Une conférence régionale des Pôles Lycée Bassin RIVE assure la coordination, sous portage léger de la Région ou d’un groupement d’intérêt public régional. Une carte des spécialités est rendue publique et révisée tous les trois ans, alignée sur la stratégie économique régionale. Des conventions inter-bassins de mobilité lycéenne organisent la prise en charge des transports et l’internat RIVE quatre jours par semaine pour les distances longues, le suivi institutionnel restant assuré par la RIVE de rattachement. Un financement régional dédié à l’internat et au transport inter-RIVEs vient enfin compenser la pénalisation des jeunes en filière éloignée.
6.7.6 Risques propres au lycée
Plusieurs risques doivent être identifiés sans détour.
Le premier est le risque de distance. La mobilité quotidienne entre Maison Horizon et Pôle Lycée Bassin doit rester raisonnable, à savoir 20 minutes au plus. Pour les déplacements inter-bassins, une distance supérieure à 30 minutes implique le recours à l’internat, plutôt qu’un trajet quotidien épuisant.
Le deuxième est l’appauvrissement de la Maison Horizon. Si celle-ci devient un simple guichet administratif du Pôle Lycée Bassin, l’ancrage local du lycéen disparaît. Le tronc commun lycée dispensé dans la Maison Horizon doit demeurer substantiel.
Le troisième est celui d’une hiérarchie implicite. L’association Maison Horizon égale lycée général local et Pôle Lycée Bassin égale voies technologique et professionnelle pourrait recréer une hiérarchie sociale entre voies. Pour la combattre, il faut tenir : des locaux qualitativement équivalents, des services équivalents, des parcours sport et culture équivalents, des indemnités de mobilité identiques pour tous les déplacements vers les Pôles bassin, et une valorisation publique de la voie technologique et de la voie professionnelle.
Le quatrième est le risque de dispersion. La mutualisation inter-bassins ne doit pas faire perdre le rattachement institutionnel à RIVE. Quelle que soit la circulation du jeune entre établissements, sa Maison Horizon de rattachement demeure la maison de son suivi.
Le risque global, en deçà de ces points particuliers, est celui d’une RIVE qui s’arrêterait de fait au collège en sous-investissant le lycée. Ce serait reproduire la fragmentation qu’on combat.