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18. Feuille de route

18.1 Phase 0 : pré-instruction

La phase 0 dure 3 à 6 mois. Elle livre le choix de territoire, l’identification des bâtiments mobilisables, la cartographie des partenaires, le budget initial, l’analyse des risques juridiques, l’évaluation de l’acceptabilité locale, le scénario de ressources humaines et la décision politique.

18.2 Phase 1 : conception opérationnelle

La phase 1 dure 6 à 9 mois. Elle livre l’organigramme, les fiches métiers, le planning enfant, le planning des ressources humaines, les conventions, le protocole de mobilité, le protocole de protection, un système d’information minimal, le budget localisé et le protocole d’évaluation.

18.3 Phase 2 : pré-ouverture

La phase 2 dure environ 6 mois. Elle comprend le recrutement de la direction, le recrutement des ressources humaines critiques, des travaux légers, la formation des équipes, le test du système d’information, la simulation de la mobilité, les essais de menus, la mise en relation avec les familles et les partenaires, puis un audit de décision.

18.4 Phase 3 : année 1 de la RIVE pilote

L’année 1 mobilise 350 à 500 enfants au sein d’une seule RIVE. Tous les âges, de 3 mois à 18 ans, sont couverts, avec des groupes réduits. L’objectif consiste à éprouver l’intégration réelle.

18.5 Phase 4 : année 2

L’année 2 mobilise 550 à 700 enfants. Il s’agit d’une période de consolidation et d’élargissement.

18.6 Phase 5 : année 3

L’année 3 mobilise 750 à 900 enfants. Une décision est prise au terme : poursuite, correction, réplication, arrêt.

18.7 Deuxième vague : double pilote (années 4 à 6 environ)

La deuxième vague ouvre deux RIVEs supplémentaires : l’une sur un bassin mixte comparable à la première implantation, l’autre sur un quartier populaire.

Elle ne doit être lancée que si la première implantation a produit des résultats suffisamment solides et des corrections documentées. Elle teste la transférabilité de la doctrine, à petite échelle encore.

18.8 Troisième vague : maillage de bassin (années 6 à 12 environ)

La troisième vague traduit opérationnellement la cible doctrinale : couverture totale d’un bassin par maillage.

Sur le bassin de la première implantation, les RIVEs restantes du maillage sont ouvertes progressivement, jusqu’à la couverture complète du bassin. Le rythme attendu est de 1 à 2 RIVEs ouvertes par an. À titre d’ordre de grandeur, un bassin d’environ 7 000 enfants correspondrait à un maillage d’environ 8 RIVEs ; la première implantation ayant ouvert la RIVE pilote, il en resterait environ 6 ou 7 à déployer.

Pendant cette troisième vague, les Pôles bassin se mettent en place : Pôle Lycée Bassin (voies technologique et professionnelle, ch. 6.7), Pôle Santé Bassin (médecin référent partagé), Pôle Cuisine Bassin (cuisine centrale partagée), Pôle SI Bassin. La gouvernance de bassin s’installe sous la forme d’une coordination légère entre les 8 directeurs généraux de RIVE et d’une instance politique de pilotage stratégique. Le véhicule juridique évolue, du véhicule pilote (groupement d’intérêt public ou établissement public expérimental) vers le véhicule définitif (établissement public créé par la loi, recommandé au ch. 22).

La troisième vague est conditionnée à un audit positif de la deuxième vague, à un accord politique de niveau national, à une trajectoire budgétaire pluriannuelle votée (ch. 24) et à un accord consolidé avec l’Éducation nationale sur le statut des enseignants détachés (ch. 23).

18.9 Cible doctrinale à terme

Une fois le bassin pilote couvert (troisième vague achevée), la doctrine est diffusée à d’autres bassins selon une logique d’adoption volontaire et conditionnée. Trois conditions doivent être réunies : l’initiative d’une collectivité ou d’un établissement public de coopération intercommunale candidat ; un cadre national stabilisé (établissement public créé par la loi) ; une évaluation comparative entre bassins.

Aucune ouverture nationale uniforme n’est dans la doctrine RIVE. La qualité dépend de la taille humaine de chaque unité et de l’ancrage local de chaque maillage.

18.10 Horizon trans-mandats : posture stratégique

L’horizon entre la phase 0 et le maillage complet d’un bassin s’étend sur 10 à 15 ans. Il dépasse structurellement la durée d’un mandat politique (5 ans pour le président de la République, 6 ans pour le maire, 5 ans pour le conseiller régional).

Aucun élu ne porte personnellement un projet à 12 ans. La survie politique de RIVE exige donc une stratégie trans-mandats explicite.

18.10.1 Portage par l’infra-politique

Plusieurs acteurs garantissent la continuité au-delà des alternances. Les élus locaux peuvent porter le projet dans la durée : un président d’intercommunalité ou un maire réélu peut le suivre sur 12 ans (deux mandats), à condition que la coalition locale tienne. Les hauts fonctionnaires territoriaux (directeurs généraux des services, directeurs généraux adjoints chargés de l’enfance et de l’éducation) restent souvent en poste plus longtemps que les élus et constituent les garants de la continuité. Le préfet, le recteur d’académie et le directeur de la caisse d’allocations familiales constituent des portages d’État relativement stables et transmissibles entre titulaires. Le conseil de bassin RIVE (instance citoyenne associant familles, équipes, partenaires) devient enfin progressivement le gardien du projet, au-delà des alternances.

18.10.2 Verrous de réversibilité

Plusieurs verrous rendent l’arrêt de RIVE coûteux politiquement, y compris pour un successeur hostile. Des engagements pluriannuels écrits figurent dans la convention constitutive du véhicule (ch. 22), pour des durées de 5 à 7 ans renouvelables. Des investissements bâtimentaires sont déjà réalisés et difficiles à revendre. Des compétences sont déléguées entre acteurs publics, ce qui rend les reprises unilatérales malaisées. Une communauté éducative (familles, équipes, partenaires) est mobilisée et constitue une force d’opposition à tout arrêt brutal. La publication annuelle d’une évaluation indépendante rend enfin l’arrêt sans justification publique coûteux pour le successeur.

18.10.3 Doctrine trans-partisane

RIVE doit pouvoir être adopté par des coalitions de couleurs politiques différentes. Plusieurs conditions doivent en conséquence être tenues : éviter tout marqueur idéologique fort dans le nom et la communication ; rédiger une doctrine qui parle à la fois aux thèmes de gauche (égalité d’accès, service public fort, lutte contre la fragmentation) et aux thèmes de droite (qualité, autorité, ancrage territorial, lien parents-enfants protégé) ; choisir un véhicule juridique (ch. 22) qui ne soit pas associé à une seule famille politique ; appuyer la doctrine sur une évaluation indépendante (ch. 16) qui la protège des contestations partisanes.

Il faut le reconnaître : si la stratégie trans-mandats échoue, RIVE risque l’abandon ou le démantèlement à mi-parcours. Le risque est l’un des plus structurants (ch. 17.9).